Carnaval National 2025 : une fête en décalage avec la réalité du pays

Written on 01/20/2025
Mackendy Filderice

Le gouvernement haïtien a récemment annoncé que le Carnaval National se tiendrait à Fort-Liberté, du 2 au 4 mars 2025. Dans un contexte d’insécurité généralisée et de contrôle quasi-total du pays par des bandes armées, cette annonce a suscité beaucoup d’interrogations et d’indignation au sein de la population.

Alors que le pays est plongé dans une spirale de violence, les autorités semblent plus préoccupées par l’organisation d’événements festifs que par la recherche de solutions à la situation. La misère, la peur et le désespoir rongent les citoyens, mais les dirigeants choisissent de mobiliser les ressources publiques pour faire la fête plutôt que pour assurer la sécurité.

Un choix irresponsable face à l’urgence nationale

Le carnaval a toujours été un moment fort du calendrier culturel haïtien, un symbole de résilience et de joie pour un peuple souvent accablé par les crises. Mais cette année, le contraste entre les festivités prévues et la réalité du terrain est plus frappant que jamais. La majorité de la population vit dans une insécurité quotidienne, sous la menace constante de gangs qui dictent leur loi. A Port-au-Prince, comme dans beaucoup d’autres villes, les déplacements sont risqués, les écoles peinent à fonctionner et les services de base sont paralysés.

Dans ce contexte, l’organisation du Carnaval apparaît non seulement comme une distraction, mais aussi comme une insulte à ceux qui subissent les conséquences directes de l’inaction du gouvernement. Pourquoi donner la priorité à un festival alors que le pays traverse une crise humanitaire et sécuritaire ?

Des fonds publics détournés de leur véritable mission

Plus inquiétant encore, cette décision soulève des soupçons quant à l’utilisation des fonds publics. De nombreux citoyens et observateurs accusent les autorités de détourner l’argent du trésor public pour financer des activités qui n’apportent aucune solution durable aux problèmes du pays. Alors que des millions de gourdes sont dépensées en chars et décorations, les forces de l’ordre manquent cruellement de moyens pour lutter contre l’insécurité et les institutions démocratiques restent fragiles.

Les élections, essentielles à la stabilisation du pays, restent en suspens. Le gouvernement, plutôt que de travailler à rétablir la sécurité et à préparer le terrain pour des élections libres et transparentes, semble se complaire dans une politique de diversion.

Un carnaval pour qui ?

La question fondamentale demeure : à qui profitera ce carnaval ? Certainement pas la majorité des Haïtiens, réduits à survivre dans un environnement hostile. Ces festivités ne servent qu’à projeter une illusion de normalité, à masquer temporairement l’échec de la gouvernance et à divertir une élite déconnectée des réalités du peuple.

Ce choix reflète une gestion irresponsable et indifférente aux véritables priorités nationales. Le peuple haïtien mérite mieux : il mérite des dirigeants qui placent sa sécurité, sa dignité et son bien-être au-dessus des apparences et des intérêts personnels.

En attendant, le carnaval risque de se dérouler sous haute tension, dans un climat où la joie sera difficile à célébrer pour une majorité en souffrance. Le gouvernement doit comprendre que les masques et les costumes ne suffisent pas à cacher les vérités de la vie quotidienne.