L’arrestation de l’ancien député Prophane Victor, dimanche 12 janvier à Vivy Mitchell, marque un tournant important dans la lutte contre l’impunité en Haïti. Longtemps accusé d’être un acteur clé dans la montée en puissance des bandes armées, Victor est enfin traduit en justice après des années de dénonciations publiques et de sanctions internationales.
Cette opération soulève cependant une question essentielle : pourquoi a-t-on tant tardé à agir ?
Depuis plusieurs années, Prophane Victor fait l’objet de graves accusations. Des témoignages explicites, comme celui du tristement célèbre chef de gang Odma, ont pointé du doigt l’ancien parlementaire, l’accusant de financer, d’armer et de manipuler des gangs à des fins politiques. Malgré ces révélations, l’Etat haïtien est resté passif, laissant Victor circuler librement tout en renforçant un système où politique et crime organisé sont intimement liés.
Les sanctions internationales imposées par les Etats-Unis, le Canada et l’ONU auraient dû être un signal d’alarme pour les autorités locales. Ces mesures, bien que symboliques, ont mis en évidence la gravité des accusations portées contre cet acteur politique. Pourtant, ce n’est qu’en 2025 que la police nationale a finalement pris les mesures nécessaires.
Cette lenteur dans l’application de la justice reflète un dysfonctionnement systémique et un manque de volonté politique. Pendant ce temps, les bandes armées qu’il aurait contribué à créer sèment la terreur dans l’Artibonite et au-delà, faisant d’innombrables victimes et aggravant la crise sécuritaire du pays.
L’arrestation de Prophane Victor est une victoire symbolique, mais elle doit être suivie d’actions concrètes. La justice haïtienne doit aller jusqu’au bout, en menant une enquête approfondie et en veillant à ce que ceux qui financent et soutiennent les gangs armés soient tenus de rendre des comptes. Cela inclut les autres personnalités citées dans les rapports de l’ONU et les gouvernements étrangers, qui continuent de jouir d’une impunité scandaleuse.
Le peuple haïtien mérite mieux qu’un État complice ou spectateur face au crime. L’arrestation de Prophane Victor doit être le début d’un processus de restauration de l’autorité de l’Etat, et non une simple opération de communication. C’est en agissant rapidement, de manière transparente et impartiale, que les autorités pourront regagner la confiance d’un peuple trop longtemps abandonné à son sort.
L’heure n’est pas aux demi-mesures. L’Etat haïtien doit montrer que personne n’est au-dessus des lois.