Manifestation massive à Port-au-Prince contre l’insécurité et le gouvernement intérimaire

Written on 04/03/2025
Mackendy Filderice

Des milliers de manifestants, vêtus de noir en signe de deuil et de révolte, sont descendus mercredi dans les rues de Port-au-Prince pour dénoncer l’insécurité grandissante et exiger le départ du gouvernement intérimaire. La mobilisation, baptisée « Mercredi noir », a rassemblé des habitants de plusieurs quartiers, dont Canapé-Vert, Turgeau, Carrefour-Feuilles, Debussy, Pacot, Carrefour, Delmas et des environs, tous unis contre la passivité des autorités face à l’expansion des territoires contrôlés par des gangs armés.

Une grande mobilisation contre l’insécurité

Dès les premières heures de la matinée, une foule immense s’est mise en marche, brandissant des pancartes dénonçant l’inaction du gouvernement et criant des slogans exigeant la fin du règne des gangs. Des banderoles portaient des messages tels que « Nou bouke kouri » (Nous en avons assez de fuir) et « Jistis pou viktim yo » (Justice pour les victimes).

« Nous ne vivons plus, nous survivons ! Chaque jour, nous nous réveillons la peur au ventre, sans savoir si nous pourrons rentrer chez nous le soir. Trop c’est trop ! « , déclare Patricia M., une habitante de Pacot qui s’est jointe à la manifestation avec ses voisins.

La situation sécuritaire en Haïti s’est aggravée ces derniers mois, les gangs multipliant les attaques et étendant leur emprise sur de nouveaux quartiers. De nombreux habitants de Canapé-Vert, Turgeau et Carrefour-Feuilles ont été contraints d’abandonner leurs maisons pour échapper à la violence.

« Nous avons fui en laissant tout derrière nous. Mais maintenant, nous disons non ! Nous refusons d’être des personnes déplacées dans notre propre pays pendant que ceux qui nous gouvernent dorment en paix !  » proclame Jean-Paul D., déplacé de Carrefour-Feuilles.

Rejet total du gouvernement intérimaire

Les organisateurs du mouvement accusent le gouvernement de transition d’être non seulement incapable de lutter contre l’insécurité, mais aussi complice de la crise actuelle par son inaction.

« Le pays est livré aux gangs et le gouvernement reste les bras croisés. Nous ne voulons plus d’un gouvernement qui nous condamne à la peur et à la misère. Il faut qu’il parte !  » déclare Michel S., l’un des porte-parole du mouvement.

Tout au long du parcours, les manifestants ont demandé la démission des autorités actuelles, exigeant la mise en place d’un gouvernement capable de rétablir la sécurité et de protéger la population.

Avertissement aux partis politiques

Les initiateurs du « Mercredi noir » ont insisté sur le caractère citoyen et indépendant de leur mobilisation. Dans un communiqué, ils ont fermement mis en garde les partis politiques contre toute tentative d’infiltration ou de récupération.

« Nous ne nous battons pas pour les politiciens, mais pour le peuple. Que ceux qui ont contribué à la mise en place de ce gouvernement intérimaire se tiennent à l’écart de notre mouvement. Nous ne voulons pas de leur hypocrisie !  » ont-ils martelé.

Un signal fort pour les autorités

Alors que l’insécurité grandit et que des milliers de personnes sont déplacées, cette manifestation envoie un message clair au gouvernement intérimaire : la population n’entend plus rester silencieuse face aux violences qui ravagent le pays.

Les manifestants promettent de maintenir la pression jusqu’à ce que des mesures concrètes soient prises pour enrayer la spirale de l’insécurité. Une chose est sûre : après ce « mercredi noir », la contestation ne fait que commencer.

Source Photo: RFI